May 31, 2009

Les Juifs de Nasser

par Alec Nacamuli

7ième partie
voir 6ieme partie ici 



Il est facile aujourd’hui de critiquer ceux qui restèrent. N’oublions pas que la majorité de la classe commerçante vivait très confortablement d’entreprises ou de biens immobiliers difficilement transférables. Puisant à nouveau dans mes souvenirs teintés de rose d’un Alexandrin de 12 ans, c’était “la belle vie”.

Mon père nous déposait au Lycée Français en route pour le bureau, nous reprenait à 1 heure, déjeuner préparé par un cuisinier et servi par des domestiques en “galabyeh” (tunique) et tarbouche, sieste, retour au bureau vers 4 heures en nous déposant au Sporting Club pour le tennis et retrouver les amis. Vie mondaine, visites régulières de compagnies théâtrales françaises ou d’opéra italiennes, cabine à la plage en été, voyages réguliers en Europe pour se convaincre que les hivers parisiens ou londoniens (sans domestiques!!)
n’avaient vraiment rien de mieux à offrir…
LE DEUXIEME EXODE

Cette vie paradisiaque durera jusqu’en juillet 1956 quand Nasser, qui avait écarté Naguib en 1954, nationalisa la Compagnie du Canal de Suez. S’ensuivit ce que les Égyptiens dénommèrent “la triple et lâche agression” par l’Angleterre, la France et Israël en octobre, plus connue comme la Guerre du Sinaï. Victoire militaire, mais échec politique à la suite de l’intervention des États-Unis qui empêcheront les alliés de concrétiser leur avance. Français, Anglais et de nombreux juifs furent expulsés après que leurs biens eurent été
nationalisés. Le sionisme fut proclamé activité criminelle, permettant les arrestations arbitraires, l’internement dans des camps de travail (Toura, Huckstep) et la séquestration de biens. Si beaucoup de juifs pouvaient se prévaloir de nationalités étrangères, les plus durement touchés furent ceux qui avaient acquis la citoyenneté égyptienne pour contourner les lois sur la Nationalité de 1947 et qui furent contraints de quitter apatrides. Tous devaient obtenir le visa de sortie, ce qui permettait aux officiels d’imposer vexations et “bakchiche ”. Plus de 30 000 Juifs quitteront en quelques mois, laissant seulement 2 500 au moment de la Guerre de Six Jours en juin 1967.

QUI RESTE AUJOURD’HUI ?

A la fin de 2002, on estimait a moins de soixante-dix le nombre de juifs vivant encore en Égypte. En mai 2000 je suis retourné a la synagogue Eliahou Hanabi à Alexandrie (la seule qui ait survécu, la Communauté ayant vendu les autres pour en assurer l’entretien) pour un office du Shabbat dont l’horaire m’avait été fixé le matin à 7 heures 30. Un homme était assis, seul: il vient tous les samedis réciter ses prières pour que l’on puisse dire que se célèbre encore un office du Shabbat à la Grande Synagogue de la rue Nébi Daniel (rue du
Prophète Daniel)…..

La Teba n’est plus ouverte que pour montrer les Sepher Tora aux touristes de passage. Dans les bureaux attenants de la Communauté, une dame et un monsieur âgés vous aident à retracer un acte de mariage ou de naissance parmi les archives. Un homme seul au milieu des rangées de sièges vides, arborant encore les plaques de cuivres portant les noms des disparus, est tout ce qui reste des 25 000 Juifs d’Alexandrie….

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE
Yahudiya Masriya: Les Juifs en Egypte ; Les Editions de l’Avenir, Genève, 1971
Maurice Mizrahi: L’Egypte et ses Juifs, le temps révolu ; chez l’auteur, Lausanne, 1977
Jacques Hassoun: Juifs du Nil ; Le Sycomore, Paris 1981
Juifs d’Egypte, Images et textes ; Editions du Scribe, Paris 1984
Gudrun Krämer: The Jews in Modern Egypt, 1914 – 1952 ; I.B. Tauris & Co. Ltd, London 1989

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