par Alec Nacamuli
6ième partie
voir 5ieme partie ici
Le roi Farouk, qui succéda à son père en 1936, ne cachait pas son admiration pour Hitler comme le montre ce télégramme retrouvé dans les archives allemandes :
“Il [le Roi] est rempli du plus haut respect pour le Führer et le peuple allemand, dont il souhaite ardemment la victoire sur l’Angleterre. Il se sait uni avec son peuple dans le désir de voir les troupes allemandes victorieuses en Égypte et libératrices le plus tôt possible du joug brutal et insupportable de l’Angleterre.”
A la veille de la bataille d’El Alamein, l’ambassadeur Britannique Sir Miles Lampson pénétra avec des chars dans le Palais d’Abdine et força le roi à changer de cabinet. Faut-il rappeler qu’El Alamein est à moins de 100 Km d’Alexandrie ? Plusieurs juifs quittèrent la ville et le ciel du Caire se noircit de la fumée des papiers brûlés par l’ambassade britannique ….
Après la guerre, la virulence du nationalisme égyptien et les aspirations sionistes en Palestine, devenues en contradiction totale, s’accumulèrent pour rendre la situation des juifs de plus en plus difficile. La distinction entre antisionisme et antisémitisme s’estompa rapidement.
L’anniversaire de la déclaration Balfour, en novembre, donnait lieu régulièrement à de violentes émeutes instiguées par les Frères Musulmans. En 1945, dix juifs furent tués lors
d’incursions dans le Har’t el Yahoud et le saccage de magasins et biens juifs; la synagogue ashkénaze fut détruite: le gouvernement présenta néanmoins ses excuses et contribua à sa reconstruction. De fortes pressions furent exercées sur la Communauté pour répudier le sionisme et le Grand Rabin Haïm Nahum envoya la note suivante au Premier Ministre:
“ Les Juifs d’Égypte considèrent non seulement qu’il est un devoir sacré, mais espèrent que leurs sentiments seront suivis comme exemple dans le monde entier pour régler la question Juive, renforcé par une demande aux Alliés de trouver pour les Juifs sans patrie un refuge autre que l’étroite Palestine. Quant à la question Palestinienne il n’y a d’autre solution, ainsi que nous l’avons déjà exprimé, qu’une coopération étroite entre Arabes et Juifs, dans une atmosphère de confiance et de compréhension réciproques ”.
Notons l’ambiguïté du texte et la dernière phrase qui apparaît ô combien prophétique aujourd’hui. Deux changements législatifs eurent des conséquences profondes sur la
situation des étrangers: la Loi sur les Sociétés (Company Law) de 1947 qui décréta que 75% des employés et 51% du capital des entreprises devaient être égyptiens, ce qui poussa de nombreux juifs à acquérir la nationalité égyptienne, et l’abolition des Tribunaux Mixtes deux ans plus tard.
LE DÉBUT DE LA FIN …
De nouvelles manifestations marquèrent le vote des Nations Unies sur le partage de la Palestine en novembre 1947 et la création de l’État d’Israël en mai 1948, ce qui donna au gouvernement le prétexte d’arrêter non seulement les juifs “sionistes” mais également des activistes Frères Musulmans et communistes. Émeutes et attentats contre entreprises juives, visant particulièrement le Har’t el Yahoud et la communauté Karaïte, jalonnèrent la
guerre d’Indépendance d’Israël en 1948-1949. Ces évènements déclenchèrent la première vague d’émigration : 15 000 à 20 000 juifs quittèrent entre 1949 et 1951, mais la majorité de la classe commerçante et supérieure demeura.
La défaite militaire renforça l’impopularité du roi Farouk qui négligeait de plus en plus ses responsabilités au profit d’une vie dissolue dans les casinos européens. Un incident avec les troupes anglaises sur le Canal de Suez déclencha, en janvier 1952, des émeutes violentes contre un gouvernement totalement discrédité et l’incendie du Caire; en plus du fameux Hôtel Shepherd, plusieurs magasins et cinémas juifs furent détruits ou saccagés. Les
Anglais évacuèrent le Canal. Finalement, le roi abdiqua et quitta le pays à la suite du putsch des Officiers Libres le 23 juillet 1952 qui installa le général Naguib au pouvoir, avec la figure du colonel Nasser se profilant déjà à l’arrière-plan. La présence de Naguib à l’office du Kol Nidrei de cette même année, poursuivant la tradition, contribua à bercer les juifs dans l’illusion d’un retour à la normalité.
à suivre.
6ième partie
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Le roi Farouk, qui succéda à son père en 1936, ne cachait pas son admiration pour Hitler comme le montre ce télégramme retrouvé dans les archives allemandes :
“Il [le Roi] est rempli du plus haut respect pour le Führer et le peuple allemand, dont il souhaite ardemment la victoire sur l’Angleterre. Il se sait uni avec son peuple dans le désir de voir les troupes allemandes victorieuses en Égypte et libératrices le plus tôt possible du joug brutal et insupportable de l’Angleterre.”
A la veille de la bataille d’El Alamein, l’ambassadeur Britannique Sir Miles Lampson pénétra avec des chars dans le Palais d’Abdine et força le roi à changer de cabinet. Faut-il rappeler qu’El Alamein est à moins de 100 Km d’Alexandrie ? Plusieurs juifs quittèrent la ville et le ciel du Caire se noircit de la fumée des papiers brûlés par l’ambassade britannique ….
Après la guerre, la virulence du nationalisme égyptien et les aspirations sionistes en Palestine, devenues en contradiction totale, s’accumulèrent pour rendre la situation des juifs de plus en plus difficile. La distinction entre antisionisme et antisémitisme s’estompa rapidement.
L’anniversaire de la déclaration Balfour, en novembre, donnait lieu régulièrement à de violentes émeutes instiguées par les Frères Musulmans. En 1945, dix juifs furent tués lors
d’incursions dans le Har’t el Yahoud et le saccage de magasins et biens juifs; la synagogue ashkénaze fut détruite: le gouvernement présenta néanmoins ses excuses et contribua à sa reconstruction. De fortes pressions furent exercées sur la Communauté pour répudier le sionisme et le Grand Rabin Haïm Nahum envoya la note suivante au Premier Ministre:
“ Les Juifs d’Égypte considèrent non seulement qu’il est un devoir sacré, mais espèrent que leurs sentiments seront suivis comme exemple dans le monde entier pour régler la question Juive, renforcé par une demande aux Alliés de trouver pour les Juifs sans patrie un refuge autre que l’étroite Palestine. Quant à la question Palestinienne il n’y a d’autre solution, ainsi que nous l’avons déjà exprimé, qu’une coopération étroite entre Arabes et Juifs, dans une atmosphère de confiance et de compréhension réciproques ”.
Notons l’ambiguïté du texte et la dernière phrase qui apparaît ô combien prophétique aujourd’hui. Deux changements législatifs eurent des conséquences profondes sur la
situation des étrangers: la Loi sur les Sociétés (Company Law) de 1947 qui décréta que 75% des employés et 51% du capital des entreprises devaient être égyptiens, ce qui poussa de nombreux juifs à acquérir la nationalité égyptienne, et l’abolition des Tribunaux Mixtes deux ans plus tard.
LE DÉBUT DE LA FIN …
De nouvelles manifestations marquèrent le vote des Nations Unies sur le partage de la Palestine en novembre 1947 et la création de l’État d’Israël en mai 1948, ce qui donna au gouvernement le prétexte d’arrêter non seulement les juifs “sionistes” mais également des activistes Frères Musulmans et communistes. Émeutes et attentats contre entreprises juives, visant particulièrement le Har’t el Yahoud et la communauté Karaïte, jalonnèrent la
guerre d’Indépendance d’Israël en 1948-1949. Ces évènements déclenchèrent la première vague d’émigration : 15 000 à 20 000 juifs quittèrent entre 1949 et 1951, mais la majorité de la classe commerçante et supérieure demeura.
La défaite militaire renforça l’impopularité du roi Farouk qui négligeait de plus en plus ses responsabilités au profit d’une vie dissolue dans les casinos européens. Un incident avec les troupes anglaises sur le Canal de Suez déclencha, en janvier 1952, des émeutes violentes contre un gouvernement totalement discrédité et l’incendie du Caire; en plus du fameux Hôtel Shepherd, plusieurs magasins et cinémas juifs furent détruits ou saccagés. Les
Anglais évacuèrent le Canal. Finalement, le roi abdiqua et quitta le pays à la suite du putsch des Officiers Libres le 23 juillet 1952 qui installa le général Naguib au pouvoir, avec la figure du colonel Nasser se profilant déjà à l’arrière-plan. La présence de Naguib à l’office du Kol Nidrei de cette même année, poursuivant la tradition, contribua à bercer les juifs dans l’illusion d’un retour à la normalité.
à suivre.
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