L’historien Shlomo Sand affirme que l’existence des diasporas de Méditerranée et d’Europe centrale est le résultat de conversions anciennes au judaïsme. Pour lui, l’exil du peuple juif est un mythe, né d’une reconstruction à postériori sans fondement historique. Entretien.ed: la question que j'ai posée dans l'article qui apparu sur Arthur Koestler et les Khazars semble avoir une réponse dans l'entretien qui suit avec Shlomo Sand. Les Séfarades, d'après lui, auraient été des convertis d'origine Bèrbère. Fascinant à lire!
Par Ofri Ilani
Haaretz, 21 mars 2008
Parmi la profusion de héros nationaux que le peuple d’Israël a produits au fil des générations, le sort n’aura pas été favorable à Dahia Al-Kahina qui dirigea les Berbères de l’Aurès, en Afrique du Nord. Bien qu’elle fût une fière juive, peu d’Israéliens ont entendu le nom de cette reine guerrière qui, au septième siècle de l’ère chrétienne, a unifié plusieurs tribus berbères et a même repoussé l’armée musulmane qui envahissait le nord de l’Afrique. La raison en est peut-être que Dahia Al-Kahina était née d’une tribu berbère convertie semble-t-il plusieurs générations avant sa naissance, vers le 6e siècle.
D’après l’historien Shlomo Sand, auteur du livre « Quand et comment le peuple juif a-t-il été inventé ? » (aux éditions Resling - en hébreu), la tribu de la reine ainsi que d’autres tribus d’Afrique du Nord converties au judaïsme sont l’origine principale à partir de laquelle s’est développé le judaïsme séfarade. Cette affirmation, concernant les origines des Juifs d’Afrique du Nord à partir de tribus locales qui se seraient converties - et non à partir d’exilés de Jérusalem - n’est qu’une composante dans l’ample argumentation développée dans le nouvel ouvrage de Sand, professeur au département d’Histoire de l’Université de Tel Aviv.
Dans ce livre, Sand essaie de démontrer que les Juifs qui vivent aujourd’hui en Israël et en d’autres endroits dans le monde, ne sont absolument pas les descendants du peuple ancien qui vivait dans le royaume de Judée à l’époque du premier et du second Temple. Ils tirent leur origine, selon lui, de peuples variés qui se sont convertis au cours de l’Histoire en divers lieux du bassin méditerranéen et régions voisines. Non seulement les Juifs d’Afrique du Nord descendraient pour la plupart de païens convertis, mais aussi les Juifs yéménites (vestiges du royaume Himyarite, dans la péninsule arabique, qui s’était converti au judaïsme au quatrième siècle) et les Juifs ashkénazes d’Europe de l’Est (des réfugiés du royaume khazar converti au huitième siècle).
A la différence d’autres « nouveaux historiens » qui ont cherché à ébranler les conventions de l’historiographie sioniste, Shlomo Sand ne se contente pas de revenir sur 1948 ou sur les débuts du sionisme, mais remonte des milliers d’années en arrière. Il tente de prouver que le peuple juif n’a jamais existé comme « peuple-race » partageant une origine commune mais qu’il est une multitude bigarrée de groupes humains qui, à des moments différents de l’Histoire, ont adopté la religion juive. D’après Sand, chez certains penseurs sionistes, cette conception mythique des Juifs comme peuple ancien conduit à une pensée réellement raciste : « Il y a eu, en Europe, des périodes où, si quelqu’un avait déclaré que tous les Juifs appartenaient à un peuple d’origine non juive, il aurait été jugé antisémite séance tenante. Aujourd’hui, si quelqu’un ose suggérer que ceux qui sont considérés comme juifs, dans le monde (...) n’ont jamais constitué et ne sont toujours pas un peuple ni une nation, il est immédiatement dénoncé comme haïssant Israël » (p. 31).
D’après Sand, la description des Juifs comme un peuple d’exilés, errant et se tenant à l’écart, qui « ont erré sur mers et sur terres, sont arrivés au bout du monde et qui, finalement, avec la venue du sionisme, ont fait demi-tour pour revenir en masse sur leur terre orpheline », cette description ne relève que d’une « mythologie nationale ». Tout comme d’autres mouvements nationaux en Europe, qui ont revisité un somptueux âge d’or pour ensuite, grâce à lui, fabriquer leur passé héroïque - par exemple, la Grèce classique ou les tribus teutonnes - afin de prouver qu’ils existaient depuis fort longtemps, « de même, les premiers bourgeons du nationalisme juif se sont tournés vers cette lumière intense dont la source était le royaume mythologique de David » (p. 81).
Mais alors, quand le peuple juif a-t-il réellement été inventé, selon l’approche de Sand ? « Dans l’Allemagne du 19e siècle, à un certain moment, des intellectuels d’origine juive, influencés par le caractère ‘volkiste’ du nationalisme allemand, se sont donné pour mission de fabriquer un peuple "rétrospectivement", avec la soif de créer une nation juive moderne. A partir de l’historien Heinrich Graetz, des intellectuels juifs commencent à esquisser l’histoire du judaïsme comme l’histoire d’un peuple qui avait un caractère national, qui est devenu un peuple errant et qui a finalement fait demi-tour pour revenir dans sa patrie. » Entretien suit>>
Les Khazars de Schlomo Sand
Who is Arthur Koestler, and Should we Care?














3 comments:
ce Shlomo Sand s'est-il demande et nous dit-il quel interet pouvait avoir tous ces convertis a etre juifs ?
Ce professeur helas semble vouloir deraciner les Juifs d''Israel ,contester ceux qui disent que les Juifs qui sont de Retour se sentent concernes en tant que descendants des Hebreux de la Bible a heriter de la terre donnee par promesse a nos Peres Abraham ,Itshak etYaacov.Sa these est proche des post-sionistes qui clament nous sommes venus ''coloniser''le pays et y faire de l''argent.c''est bien connu n''est-ce pas que'' les Juifs aiment l''argent et sont riches''.et cela au detriment des Palestiniens..que nous opprimons..
etc..etc..
Shlomo Sand ne défend pas de thèse, il étudie, c'est un historien et ce qu'il avance, au mieux, ce sont des hypothèses... et certainement pas celle que les juifs seraient rentrés en Israël pour y faire de l'argent et oprimer les palestiniens !
Ce qu'il dit, c'est que l'exil des Juifs sous la période romain n'a pas eu lieu, et que, par conséquent, la majorité des juifs présents se sont convertis au christianisme puis sans doute à l'Islam. Comment expliquer alors que l'on retrouve des juifs en Europe de l'est? en Afrique du nord? Parce qu'à l'époque, le judaïsme est une religion très prosélyte. Les kazars, les berbères adoptent le judaïsme pour résister aux cultures qui les agressent.
Le peuple juif a fondé des origines mythiques. le peuple français a fait de même, comme tous les autres. Nous, Français, préférons nous percevoir comme les descendants d'un peuple de conquérants (les Francs) que comme ceux d'un peuple de vaincus (les Gaulois) ! Shlomo Sand se garde bien de juger. mais si vous préférez vous poser en victime à qui l'on ne peut rien dire, c'est votre choix et je le déplore pour vous. Comme me le disait mon professeur A. Kaspi : "tout bon historien est un révisionniste" (à ne pas confondre avec un "négationniste" svp)
Amitiés
Merci pour votre commentaire. Personellement, j'en ai marre de la mentalite de victimization.
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